Nous ne sommes pas sur les réseaux sociaux. C’est un petit choix. Presque rien. Une brindille posée en travers du courant. Nous cherchons simplement une autre manière de faire. Une manière un peu plus lente. Avec plus de ciel entre les choses. Qui lira ce texte jusqu’au bout sans savoir d’avance à quoi il sert, combien il vaut, ni même s’il mérite son attention?

Le monde numérique n’est pas fait de nuages immatériels. Il est fait de machines, de métaux, d’eau, d’électricité, de terres creusées très loin de nos yeux. Pendant que nos doigts glissent sur les écrans, quelque chose travaille sous la terre.

En 2026, SpaceX a déposé auprès de la FCC un projet pouvant aller jusqu’à un million de satellites destinés à former des centres de données en orbite et à fournir notamment de la puissance de calcul pour l’intelligence artificielle. Un million. Dans le ciel. Des milliers de satellites sont déjà au-dessus de nos têtes. Certains, nous les voyons passer à l’œil nu. De petits points artificiels traversant ce ciel que les humains contemplent depuis des milliers d’années. Ils laissent déjà leurs traces dans les observations astronomiques et modifient peu à peu notre expérience de la nuit. L’Union astronomique internationale considère d’ailleurs la préservation d’un ciel sombre et silencieux comme un enjeu scientifique, environnemental et culturel pour l’humanité.

Nous abattons les forêts. Nous salissons l’eau. Nous faisons taire les oiseaux. Et maintenant, nous commençons à encombrer les étoiles. On dirait une dystopie inventée par un enfant. Une histoire si absurde qu’on aurait eu du mal à l’imaginer. Alors qu’y a-t-il de plus urgent que de retrouver la beauté poignante d’être ici? De savourer ce monde avant de vouloir sans cesse le dépasser, l’accélérer, le remplir?

Il y a aussi notre attention. Cette présence précieuse que nous transportons partout avec nous. Tout le monde la veut. On la tire par la manche. On la mesure. On la vend. Nous aimerions la garder un peu sauvage. Regarder longtemps. Ne pas savoir tout de suite. Nous ennuyer parfois. Faire des choses qui ne servent à rien. Ou qui servent à l’essentiel.

On nous dira que nous n’avons pas le choix. Qu’il faut bien être là où tout le monde est. Que les autres chemins n’existent plus vraiment. Nous ne voulons pas que « nous n’avons pas le choix » soit le dernier mot. Peut-être que certains sentiers disparaissent simplement parce que plus personne ne les emprunte. Et peut-être qu’ils réapparaissent sous nos pas dès que nous recommençons à marcher.

Alors nous avons envie d’essayer. Une affiche sur un mur. Une personne qui en parle à une autre. Une lettre. Une table. Une rencontre. Un mot fabriqué à la main et envoyé par la poste. Une idée qui voyage sans savoir où elle va. Les nouvelles peuvent encore marcher à pied. Elles peuvent prendre leur temps. Elles peuvent arriver par hasard. Elles peuvent même se perdre en chemin. Ce n’est peut-être pas si grave. Faire quelque chose sans que tout le monde le sache. Voilà peut-être déjà une drôle de petite liberté.

Nous savons bien que quitter les réseaux sociaux ne changera pas le monde. Notre geste est minuscule. Presque dérisoire. Comme ce colibri qui transporte quelques gouttes d’eau dans son bec devant une forêt en flammes. Il n’éteindra pas l’incendie. Mais il y a quelque chose que nous refusons d’abandonner. L’idée que nos gestes, même minuscules, donnent déjà une forme au monde que nous habitons.

Alors nous essayons de choisir les nôtres. Les petits surtout. Ceux que personne ne voit. Ceux qui ne rapportent rien. Ceux qui remettent un peu de présence, de lenteur, de liberté et de vivant dans nos vies.

Et étrangement, ce choix ne ressemble pas à une privation.

Il a le goût délicieux de la liberté 

 

Ainsi.

Nos rendez-vous ne seront pas criés dans le vacarme numérique ni livrés aux algorithmes. Ils ne chercheront pas à surgir dans votre fil pour arracher quelques secondes à votre attention. Ils voyageront autrement, comme ces choses précieuses qu’on a encore envie de se transmettre en secret. Une petite rumeur de joie qui circule entre nous. Parce que nous voulons encore croire qu’il existe des chemins pour nous retrouver qui ne passent pas par les grandes plateformes de META. 

Pour rejoindre nos projets d’insoumission et d’espoir, goûter à cette insolence délicieuse d’être libre et devenir indociles à tout ce qui nous éloigne de la vie.