Geneviève Morin Lacroix, Ph. D. Fondatrice du mouvement 

Je suis fascinée par l’être humain depuis toujours. Par ce drôle d’être qui sait qu’il existe et qui cherche à comprendre ce qu’il fait ici. Par nos contradictions. Nos peurs. Nos manières de nous cacher à nous-mêmes. Mais surtout par cette possibilité étrange et magnifique de nous transformer. De devenir plus conscients. Plus libres. Plus vivants.

C’est sans doute ce qui m’a menée vers la philosophie. Une maîtrise en philosophie consacrée à l’importance de l’éducation affective, un diplôme en éthique appliquée, un certificat en philosophie pour enfants, puis un doctorat en philosophie et en arts de la scène. Plusieurs chemins. Et toujours, au bout, la même intuition. La philosophie ne se pense pas seulement. La sagesse passe par le corps.

Il y avait déjà là une forme d’insoumission. Refuser l’idée que la vérité appartienne uniquement à la rationalité, au concept et au discours intellectuel. Oser défendre que le corps pense aussi. Que la pratique produit de la connaissance. Que l’art peut nous apprendre quelque chose du réel que les mots seuls ne peuvent pas toujours atteindre. Et que l’université devrait pouvoir reconnaître ces autres manières de connaître.

Alors j’ai voulu le faire pour vrai. Pas seulement l’écrire dans une thèse. Amener le corps en philosophie. Le mettre en mouvement. Éprouver les idées plutôt que seulement les expliquer. Faire de la pratique elle-même une manière de chercher.

Même ma soutenance de thèse devait en porter la trace. Il y avait les mots, bien sûr. Les concepts. Les arguments. Mais il y avait aussi un clarinettiste, en direct. De la musique au milieu de l’université. Une autre forme de pensée entrant dans la pièce.

N’est-il pas bouleversant de penser à cette puissance qui anime le vivant? Qui fait pousser les forêts, vieillir les corps, naître et disparaître les choses. Sans nous demander notre avis. Et plus bouleversant encore de comprendre que nous n’en sommes pas séparés. Elle est là. Dans notre chair. Notre souffle. Nos élans. La vie.

Et pourtant, comme il est facile de ne plus l’entendre. Le bruit de l’ego. Le besoin de contrôler. Les désirs empruntés aux images consommées derrière les écrans. Les automatismes. Toutes ces petites manières de s’éloigner de soi sans même s’en apercevoir. Ces violences-là faites à la vie elle-même. Je les refuse, Je souhaite résister de tout mon être.

Peut-être  qu’un jour, le monde réel nous appellera plus fort que tout ce qui nous en détourne. Le vent sur la peau. Le vertige d’aimer. La joie sans témoin. La présence entière. Ce qui tremble, ce qui touche, ce qui échappe au contrôle. Peut-être retrouverons-nous ce désir immense d’être là. Pour vrai. Et qu’alors, rien ne sera plus séduisant que l’expérience simple et bouleversante d’exister.